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Les jours ordinaires, mars

2 mars


Rupture soudaine avec la douleur moderne.

Mon corps revenu à lui après la mue est en pleine euphorie.

Une seconde peau, c’est palpitant.

2 mars 2015


7 mars


On l’appelle Monsieur Jean.

Il a apprêté son visage pour les poses.

Il semble à l’abri de tout soupçon, les cheveux blancs et l’air respectable, mais il a la tête pleine de plumes, de résilles et de paillettes.

Il fréquente le club des célibataires ( à prononcer Clûp) et je crois qu’il attend le frisson nouveau.

Il appelle toutes les filles ma belle.


Thibault est aux aguets.

On dirait qu’il fouille pour trouver une manière de se tenir là devant. Il se soucie sans arrêt de savoir si c’est bien comme ça.

Quelque chose m’attendrit.

Je crois qu’il a fait la tête qu’il fallait.

7 mars 2015


8 mars


Sonia, Mathieu et Estelle sont venus de Bruxelles.

Je ne me souvenais pas du visage d’Estelle mais je me souvenais qu’il y avait de la poésie. Et quelque chose d’insondable.

Je me souvenais de sa manière d’appréhender le monde qui, après toutes ces années, n’avait pas changé.

Quand ils sont arrivés, elle voulait rester dans la voiture mais la tentation de la tarte aux fruits a été trop forte et elle a fini par monter. Comme une flèche.

Elle a mis la table.

«Ça, c’est pour mon amour pour toi» elle a dit. Elle a parlé de ses cinq chats.

Estelle, elle va de soi. Elle vient du coeur. Elle désarçonne.

Après la tarte, c’était Carnaval des Patates.

8 mars 2015


10 mars


Les enfants migrateurs (A Achirat)

Nous devenions plus pâles

Nous traversions les journées

Ballottés

Nos vies réduites au silence

Nous cherchions un destin

En marche

Dérivant

Translucides

Hagards

Tentant d'interrompre le flot agitateur

Laissant derrière nous

La patrie

10 mars 2015


15 mars


J’ai photographié Lucy.

Ça demande de la constance et du temps et Lucy en a.

Elle reste là, assise, imperturbable.

C’est comme si elle était à l’abri du vacarme du monde. Elle se laisse porter par la grâce. Leste, elle conquiert l’espace. Sa peau pâle capte la lumière et se fond avec la toile.

Reflets changeants, mouvements soufflés.

15 mars 2015


22 mars


Il a préparé tout un tas de sandwichs, comme si on partait pour le bout du monde.

On s’est levés tôt, mais faire tous ces sandwichs, ça a pris du temps et on est partis bien plus tard que prévu.

La voiture, l’autoroute, les stations-essence, le thermos et les amis que l’on suit.

Je suis restée silencieuse, les yeux qui bifurquent pour que le regard ne laisse rien échapper.

On a atterri dans un polder, au milieu de nulle part.

Il faisait beau et j’ai repensé à ce que Camille, petite, m’avait dit:

«Parfois mon coeur bat sur la route».

22 mars 2015


24 mars


Polder de Katwoude,Waterland.

7h02.

Perchée sur la plus haute branche,

Je m’offre

Le lointain.

24 mars 2015


30 mars


Apprendre la lenteur

Récolter les bribes

30 mars 2015