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Les jours ordinaires, mai

2 mai


Je reviens de très loin

Il faut se dépêcher de vivre

2 mai 2015


6 mai


Je ne suis pas cette ingénue.

Je suis souffle imperceptible.

Écorchée jusqu’au sang.

6 mai 2015


13 mai


Il n'y a plus personne

les murs que l'on rase ont eu raison de nous

Ces murs où l'on s'écorche

Réduits au silence

Désincarnés

Courbés toujours plus vers la terre

Acceptant l'immonde

Laissant nos corps infirmes s'éroder,

Se résigner aux barbaries nouvelles

Il faudrait l'ébranlement

Combattre le tiède

Les gouffres du dehors

A la hache

Voler en éclats

Entrevoir la possibilité de l'envol

Dans un dernier sursaut.

En guérir.

13 mai 2015


19 mai


Le marquage du temps.

Il faudra bien se rendre à l’évidence et mesurer l’étendue de mon désastre.

Il faudra bien habituer le corps à sa métamorphose.

Au délabrement.

Il faudra avoir l’air de rien. Même si elles s’invitent partout et m’offrent leur présence permanente.

Même si elles s’offrent continuellement en spectacle, si elles s’exhibent impudemment et me narguent.

Elles ont désormais pris l’apparence d’entailles et mon visage en est assiégé.

Les anéantir à coups de boutoir. Mettre fin à leur parade. A leur familiarité envahissante.

19 mai 2015


23 mai


J’ai pu lire dans le regard que le rêve la porte encore. Elle n’est pas prête pour la noyade.

Ses yeux sont grand ouverts et ce qu’elle voit ne lui plaît pas. Elle semble dire:

nous sommes en ébullition. Notre poitrine se soulève. Nous ne garderons pas enfouie notre colère.

Nous dérangerons votre quiétude. Nous ne sommes pas faits pour la grande aliénation. Nous ne voulons rien oublier. Nous sommes sables mouvants. Nous ne vous laisserons pas terminer votre travail d’exténuation. Nous vous extirperons comme des mauvaises herbes.

23 mai 2015


24 mai


Hier soir, je suis allée au vernissage où étaient exposées mes photos d’Arménie et j’ai rencontré Samuel.

Il m’a offert à boire, m’a présenté ses copains, m’a parlé de son exil, m’a présenté sa femme et m’a invitée chez lui.

Hier soir, Samuel a convoqué ma mémoire. Tout m’est revenu, en un flot incroyablement beau et plein de vie.

24 mai 2015


27 mai


Les choses ne s’arrangent donc pas. Nous continuerons à vivre derrière nos fenêtres, sur nos gardes.

Bien à l’abri.

Pauvres hypocondriaques que nous sommes.

27 mai 2015


30 mai


Je voulais une maison de papier et je ne l’aurai jamais.

30 mai 2015