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Les jours ordinaires, janvier

1er janvier


J’ai une fâcheuse tendance à m’assigner des objectifs.

A chaque début de semaine, de mois, d’année.

J’ai une fâcheuse tendance à réfléchir. Indéfiniment condamnée au vacarme de mon activité psychique, je projette, j’imagine, je spécule, je me souviens.

Je présume, je suppose, je soupçonne.

Je stocke une infinité de données. Je fais des listes. C’est stratégique et tactique.

Mes pensées vont vite et elles élaborent une prolifération inconsidérée.

Il y a dans ce va-et-vient incessant quelque chose d’inquiétant mais la maladie remonte à l’enfance et je m’en suis accommodée.

1er janvier 2015


4 janvier


Il a l’alcool schizophrène.

Il a fait resurgir ce passé qui marque et j’erre, somnolente, transportant mes paquets de douleur.

4 janvier 2015


7 janvier


La mécanique des gestes a repris ce matin. Je suis encore en retard. Je bois mon café en vitesse collée au radiateur. Les yeux qui brûlent par manque de sommeil. Il faut que je sois opérationnelle dans trente minutes. Je distribuerai à qui voudra bien, la somme de mes savoirs disponibles. En revenant, j’essaierai de me convaincre que ce n’est pas vain.

7 janvier 2015


11 janvier


Je baisse la garde.

Pas de combat aujourd’hui. Je fais abstinence.

Bruissement frémissement confluence.

Ivresse du grand air.

11 janvier 2015


17 janvier


Lever des paupières et facultés temporairement amoindries. Sensation d’irréalité. Frontière de la conscience.

J’entends le bruit de sa respiration cadencée. Sa répétition apaisante.

Je vais rester là, bien à l’abri de son corps que j’aime.

Je reprends mon souffle, la chair tremblante.

Il est ce qui sauve.

17 janvier 2015


20 janvier


Ça m’a plu comme idée, cette expo sur les peurs.

Collectionner et épingler les peurs des gens. C’est le genre de trucs qui rassure.

J’ai pensé que ma copine Marie aurait peut-être parlé de sa peur des monstres.

Moi, c’est le choc anaphylactique. A chaque fois que je prends un médicament pour la première fois.

Je le fais toujours en présence de quelqu’un, on ne sait jamais.

20 janvier 2015


26 janvier


Je suis entrée dans la chambre. Je n’étais pas sûre qu’elle m’ait reconnue puis j’ai vu ses yeux s’allumer.

“Tu as l’air fatigué”.

Elle avait un châle rose sur les épaules. Elle avait l’air d’une petite fille.

« Regarde quelle belle vue. Et les pies. Elles me tiennent compagnie. Je n’ai pas à me plaindre. Tout le monde est gentil ici. »

C’est comme si un coup de vent avait éparpillé ses forces.

La mauvaise saison.

Il y aura les journées monochromes et tout le stock de souvenirs qui va avec.

Elle accepte sans frémir.

J’ai posé ma main sur sa joue tendre, j’ai vu les yeux embués à l’abaissement des paupières.

26 janvier 2015


29 janvier


C’est mon sang qui se mêle au sien

Irrégulier et de passage

Confusément.

29 janvier 2015