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Les jours ordinaires, février

4 février


Bruxelles, c’était tout à l’heure.

A la merci des vents fous de la gare des Guillemins, nous avons attendu le train, elle et moi.

Une fois à l’intérieur, le paysage qui défilait aidant, on ne s’est plus interdit nos états d’âme.

Petits coeurs accidentés.

Elle a dit que le deuil était en train de se faire.

Conversations sans cesse renouvelées, souffrances reliées. Nos corps seuls, nos histoires qui se mêlent. Désir stérile et ventre creux.

Certaines cicatrices ne disparaissent jamais vraiment.

Alors, on a essayé de se rassurer. On s’est inventé des possibles. Des trajectoires nouvelles.

Et puis, à Bruxelles, la journée a pris des allures d’embellie. On a marché, on a rit, pleines d’espoirs frivoles. On s’est baladées sans trop de but puis on a décidé d’aller quelque part d’où on pourrait voir la ville de haut.

On est rentrées à Liège un curry vert dans l’estomac.

4 février 2015


5 février


Un jour, elle m’a dit:

Au revoir.

Que pourrais-je te souhaiter? Tu as tout à l’intérieur de toi.

Maintenant, je le sais.

5 février 2015


6 février


Aujourd’hui, j’ai retrouvé mon ami antipode.

Il appartient aux jours heureux.

Légers les jours, comme des bulles de savon.

Il n’y a pas grand chose à ajouter. Il avait soigné mon coeur en friche.

6 février 2015


11 février


Quand tout n’était que brouillard

Il y a eu vos mains

Posées sur mon visage

Qui me disaient

Reste

11 février 2015


14 février


C’était aujourd’hui le jour qui me donnait la chair de poule.

J’ai essayé de congeler les émotions jusqu’à 17h30 au moins.

Il a fallu pressuriser le cerveau, gérer les pensées qui s’affolent et le retour persistant du chaos.

On se serait cru en haute mer.

Quand le téléphone a sonné, mon corps a été soudainement frappé de paralysie.

Puis sa voix: tout va bien, les valeurs sont stables.

Cette saloperie est endormie.

14 février 2015


19 février


Il y a toutes ces choses qu’on ne maîtrise pas. Il faut contrôler l’agitation.

Serrer les dents. Ne pas dériver. Surtout.

C’est que j’ai toujours l’esprit chancelant quand je le croise dans les couloirs, Sadate l’Afghan.

Sadate. Et les restes de barbarie auxquels il vit rivé.

Sadate. Le fracas du regard. Les bras scarifiés.

La tête de Sadate est un lieu clos, une contrée intouchable.

Ils lui ont cinglé la mémoire.

Je me demande comment on en revient.

19 février 2015


23 février


Le message était:

Dimanche 23 février brunch chez nous pour mon anniversaire.

Auberge espagnole sucrée salée boissons diverses…

On passe la seconde partie du dimanche ensemble. Discussions, films, création de cocktails, plans de jardin, sieste, doncefloor, cuisine.

On fait ce qu’on veut et c’est mieux.

23 février 2015


24 février


C’est la récolte des encombrants.

Ma vie rachitique, je m’en débarrasse.

Je la dépose là, juste devant. Sur le seuil.

C’en est fini de cette vie à la sauvette. Cette vie qui laisse à désirer.

Les brèches sont grand’ouvertes.

Les possibles à reconquérir. Les lignes de fuite à tracer.

24 février 2015


28 février


Les cloches. Les cloches plein la tête.

Les cloches qui n’en finissaient jamais. En résonance.

Il a dû y avoir des centaines d’enfants suppliciés par ces cloches qui, souvent quand venait l’heure de la sieste, entonnaient leur chant funèbre.

Elles «sonnaient à mort» comme on disait dans le village.

Les gens se questionnaient, inquiets et curieux. Quelqu’un savait-il qui était mort?

Moi, mon sang se figeait.

Terrée dans le fond de mon lit, je sentais l’affolement.

J’étais comme à la merci de la cloche. Car la cloche secouait ferme et il me fallait un effort surhumain pour sortir du lit, le coeur qui battait à se rompre.

Je me levais donc, titubante, réduite au silence et parvenais à la chambre voisine où mes parents se reposaient. Là, je scrutais. Je tentais de déceler le moindre mouvement de poitrine ou un souffle.

La cloche, ce n’était donc pas pour eux.

28 février 2015