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Les jours ordinaires, avril

1er avril


J’ai essayé tant bien que mal de me lever à l’heure prévue. J’ai perdu mon temps à rien.

Tout n’est qu’une question de volonté, après tout.

J’ai respiré le café fumant. Au ralenti.

Bercée par le sifflement asthmatique du chat.

Et je m’en suis allée. Retrouver mes enfants migrateurs. Mes petites brebis galeuses.


Mes enfants migrateurs viennent de loin.

Ils parlent des langues étranges.

Venus ici pour échapper au carnage de l’Histoire, le passé qui hurle encore.

Ils ont rassemblé leurs débris et c’est contre leur enfance saccagée qu’ils doivent se battre.

Leur enfance saccagée me saute au visage.

Certains vacillent puis reprennent pied.

En colère. Pâles. Privés de la beauté.

Ils vivent leur vie à crédit. Ils se contentent d’accessits. Ils cherchent un élan, une perspective. Infatigables.

1er avril 2015


4 avril


Anne et Arthur sont chez nous pour quelques jours.

Nous allons faire provision de bonne humeur.

En la regardant ce matin laisser des choses traîner partout et oublier ses clés, j’ai pensé que c’était peut-être la plus belle amitié du monde et qu’elle fait toujours mouche avec sa panoplie de bons conseils.

4 avril 2015


6 avril


Te délier

la langue

Et laisser

s'échapper

des profondeurs

un souffle

un murmure

peut-être même

un cri


c'est la béance

qui fait défaut

6 avril 2015


9 avril


La nuit a passé sans que je sombre un seul instant dans le sommeil.

J’ai replié mon corps, le poids de mes épaules et mes blessures avec.

J’ai déserté les voyages immobiles.

J’ai mis en suspens ce qui ne fait que passer. Ce qui remue.

Je me suis fait violence.

9 avril 2015


11 avril


Une matinée qui s’est terminée sur un bateau.

A manger les mille sandwiches qu’on avait préparés, une fois de plus.

Et puis, la terre ferme à nouveau. Le no man’s land.

Et encore un dernier sandwich.

11 avril 2015


13 avril


Se réveiller à Cambridge. Dans une de ces maisons typiquement anglaises… Guillotine et bow-windows.

Partir pour l’aventure en se laissant porter par les noms les plus bizarres et découvrir Walton on the Naze, l’endroit le plus vintage de l’univers.

«Etrange et désuet». Avec un air de station balnéaire russe. Et des paumés, tout droit sortis d’un film de Ken Loach…

13 avril 2015


16 avril


Soho. 14H08.

16 avril 2015


19 avril


J’ai réussi à maîtriser ma colère.

Puis je l’ai regardé et j’ai pensé qu’il était mon grand amour.

Mon homme à ménager.

19 avril 2015


20 avril


Ça écorche.

Mais il faut l’écoute du corps

Se débarrasser des scories

De ce qu’on a soigneusement caché

Et réarticuler

Les membres morcelés.

20 avril 2015


25 avril


Aujourd’hui, je l’ai vue encore, cette ombre qui déambule dans la rue Sainte-Marguerite.

Cet être sans chair avec l’apparence de rien.

Aujourd’hui encore, j’ai senti tous les cris dans ma gorge.

Elle pousse son enfant et en tient un autre par la main. Des mains gantées de noir.

Elle est comme une apparition.

Elle réveille les souffrances anciennes et me suspend le souffle.

Je sens la nausée qui monte comme une douleur diffuse.

Quels lendemains ce débris de corps peut-il encore entrevoir?

Elle marche comme une étrangère au monde visible et je crois percevoir tantôt sa fureur infinie, tantôt sa résignation docile.

Car elle est le corps ennemi, le corps insupportable et coupable.

Elle est oubli d’elle-même et honte qui rase les murs.

Elle ne fait que passer.

25 avril 2015


27 avril


Alors peut-être, la bousculer légèrement.

Lui prêter mes gestes. Des gestes qui lui sont inconnus.

Lui prêter mon corps.

Qu’elle vienne s’y loger quelques temps.

Qu’elle s’y oublie un peu. Qu’elle y puise l’ivresse.

Qu’elle y mène une existence secrète où personne ne décidera d’elle.

27 avril 2015